l'éveil spirituel sous l'angle non-duel d'un Cours en miracles. DATE DE CREATION: 01/01/07 ________________________ contact: christalain.1000@wanadoo.fr ________________________ Ecrivez-moi pour tout commentaire, suggestion, encouragement. merci.
Un magnifique texte de Krishnamurti qui pourrait très bien être un chapitre du Cours en miracle tellement il est d'un esprit semblable. Merci à Hélène pour ce partage.
Tous les gens sages, tous ceux qui recherchent la connaissance, doivent regarder et observer autour d'eux. Toutes choses, aussi bien les inanimées que les animées, sont transitoires. Rien n'est stable, rien n'est éternel. Il y a la naissance et la mort ; il y a la course précipitée, la lutte ; il y a des joies et des douleurs passagères ; il y a des besoins ardents, des désirs non satisfaits, des désirs qui ne peuvent jamais l'être ; il y a un immense océan de vide. Les affections et l'amour se flétrissent comme la fleur délicate de la vallée solitaire ; on se réjouit à la naissance, on pleure à la mort. Un jour de gloire est semblable à un nuage qui passe. Tous les êtres et toutes les choses dépérissent et meurent ; tout descend vers la tombe et, de là, vers la poussière.
Où que nous regardions, nous trouvons ce chaos, cette inquiétude immense, ce quelque chose de perpétuellement inassouvi. Et le penseur qui recherche la raison d'être des choses, arrive forcément à se demander, à vouloir chercher et trouver s'il y a rien de durable, de permanent ici-bas. N'y a-t-il donc point un asile où nous puissions être exempts des désirs, de ces désirs qui ne peuvent être satisfaits, un séjour où l'esprit puisse être tranquille, pacifié, calme? N'y a-t-il pas une éternité où rien ne varie, rien ne meurt, rien ne passe? Le sage médite, regarde autour de lui, voit les choses périssables et demande alors : « N'y a-t-il donc point quelque chose qui dure, quelque chose d'éternel? »
Ceux qui n'ont pas encore trouvé l'Éternité ne peuvent répondre, et ceux qui l'ont trouvée ne peuvent donner qu'une réponse vague, car chacun doit trouver l'explication désirée suivant son degré d'évolution, c'est-à-dire suivant son développement mental et émotionnel propre. Mais nous pouvons tous avoir une même vision, nous pouvons percevoir la même beauté, bien que sur nos lèvres les paroles qui la décrivent prennent des significations différentes.
Ceux qui sont sages, qui sont les plus âgés – non pas nécessairement au point de vue physique, mais au point de vue de l'expérience, des chagrins, des épreuves, des joies et des extases – ceux-là, s'ils ont eu cette vision, ne fût-ce qu'une seule fois, peuvent dire : « l'Éternité existe, elle est au-delà de toutes les atteintes du doute. ». Qu'est-ce donc que cette Vision? C'est celle de la Vérité. La Vérité est éternelle. Elle n'a ni commencement, ni fin, elle est immuable, immortelle. Et si vous me demandez : « Où réside-t-elle? où pourrai-je la trouver? Je vous répondrai : « Vous ne la trouverez que dans le Royaume du Bonheur dont nous avons parlé. »
Si vous voulez la posséder, il faut employer toutes les forces vives de votre intelligence et de votre cœur à chercher, à trouver, à connaître, la Fontaine divine qui est « Sagesse », qui est « Vérité ». Car c'est dans ce Royaume, dans le Saint des Saints, que nous devons apprendre, que nous devons faire des expériences, croître par notre mental et par nos émotions, c'est là que nous devons apercevoir cette image qui est l'incarnation de la Vérité et qui est Éternelle. Aussi, comme tous ceux que les plaisirs du monde sont impuissants à satisfaire et qui restent insensibles aux gloires passagères et aux flatteries de leurs amis, il faut que vous cherchiez, il faut que vous écartiez les broussailles de la forêt, si vous voulez, comme eux, voir la voûte radieuse des cieux. Oui, il faut que vous coupiez les branches mortes de la vie, avant d'être capables de distinguer les étoiles, à l'aide desquelles vous pourrez vous guider et sortir de la brousse des choses périssables.
C'est ainsi que nous devons nous mettre en route. C'est ainsi que je me suis mis en route moi-même. J'ai vu mon Éternité. J'ai vu la source de toutes choses, la beauté, la perfection et la joie de toutes choses. J'ai goûté à l'Immortalité. Ce que j'ai perçu ne peut être décrit que de mon point de vue, ne peut être rendu que par des paroles qui peuvent sembler insignifiantes. Mais lorsque vous aurez ardemment aspiré, et que votre longue attente aura été exaucée, quand vous aurez expérimenté par vous-même, quand ces choses seront devenues le souffle, l'essence même de votre vie, alors vous comprendrez, alors vous saurez que vous avez, vous aussi, goûté à l'Immortalité, que vous avez, à votre tour, perçu ce qui est immuable, permanent, éternel.
Il n'y a rien dans le monde qui porte en soi la plénitude, rien qui puisse répondre à vos aspirations ardentes, si ce n'est cette Immortalité, cette découverte de la Vérité. Mais quiconque voudra se mettre à la recherche de la Source de Sagesse, du Royaume du Bonheur où demeure la Vérité, devra tout d'abord apprendre à détruire son moi. Il devra commencer par sentir et par apprécier la grandeur de la véritable sympathie, cette sympathie qui naît lorsqu'on se sent un avec toutes choses, lorsqu'on ne vit pas une vie séparée des autres, lorsque, dans l'éphémère qui nous entoure, on perçoit l'Éternel ; quand toute parole, toute personne, tout nuage qui passe dans le ciel et toutes les choses de la terre prennent un sens nouveau, ont un autre chant, donnent une autre joie, un bonheur différent. Alors seulement vous pourrez entrer dans le Royaume du Bonheur, où règne la douce fraîcheur des brises.
Car la personnalité et la Vérité ne peuvent coexister. Le chemin de la personnalité mène au chagrin, à la douleur, à ces vains plaisirs que nous appelons la vie, que nous prenons pour la réalité et que nous croyons durables. Mais la Vérité, elle, conduit au Royaume du Bonheur par l'oubli du moi inférieur – cette unité absolue de la vie, aussi bien mentale qu'émotionnelle, qui vous fait sentir et comprendre que l'on est une partie intégrante de l'Univers, que l'on soit en mouvement ou immobiles, actifs ou inactifs.
Celui donc qui veut se rendre au Royaume du Bonheur, s'il veut être vraiment grand, doit apprendre à sacrifier sa personnalité, quelque difficile que cela puisse paraître pour le moment, quelque fatigant et quelque douloureux que ce soit. Il doit en faire le sacrifice pour recevoir et pouvoir donner lui-même de plus grandes joies, de plus grands bonheurs, de plus grandes ivresses, une plus grande gloire, et qui durent.
Puisque ce fut mon rêve, puisque ce fut mon bonheur et mon délice de connaître ce Royaume, de respirer cet air embaumé, pénétrons-y ensemble, explorez-le avec moi. Avant que vous puissiez le voir par mes yeux, que vous puissiez y penser à travers mon esprit, le sentir avec mon cœur, vous devez avoir la force et le pouvoir de rompre avec vos anciens préjugés, car ce que nous allons percevoir sera l'essence de l'intelligence, l'essence de la pensée, l'essence de toutes les émotions, l'essence de la dévotion et de l'amour. Et ceux d'entre nous qui seraient encore entravés par des préjugés, ne pourraient jouir de cette vision dans toute sa beauté, dans toute sa grandeur, dans toute sa sublimité. Car les préjugés déforment la vision : tels les verres de couleur qui assombrissent l'éclat du soleil.
C'est pourquoi ceux d'entre vous qui veulent voir ces choses comme elles doivent être vues, qui veulent voir le Royaume tel qu'il est, doivent venir librement et sans crainte, triomphants et maîtres d'eux-mêmes. Mais, je le répète, il faut qu'ils aient obéi à la Voix intérieure, pour arriver à cette maîtrise-là. Ayant donc renversé pour un moment la muraille des préjugés, les limites étroites qui vous enserrent, étudions ensemble le Royaume, non pas seulement avec notre cœur, mais avec notre esprit.
Quand vous admirez une belle statue, chef-d'œuvre de l'art, ou la vision radieuse des hautes cimes aux rayons du soleil couchant, ou bien encore les reflets sur l'aile rapide d'un oiseau qui passe, une délicieuse fleur des champs, la force majestueuse d'un arbre isolé dans la plaine – quand vous avez réalisé la magnificence des spectacles du monde, si vous pouvez garder en vous-même cette vision et y faire appel dans vos moments d'agitation morale, dans le tumulte de la douleur ou de l'amour, et si cette vision est susceptible de vous donner le bonheur, si ces apparences purement physiques de beauté, de divinité, ont la vertu d'apaiser vos troubles passagers, cela ne prouve-t-il pas que le cœur et l'intelligence de l'homme sont capables de vibrer en retour à ce qui fait l'objet de ses recherches et de ses aspirations les plus ardentes?
Il en est de même pour la vision de l'Éternité, cette Vérité. Il vous faut vivre avec elle. Dès que vous cessez d'être absorbé par les choses de la vie ordinaire, aussitôt que vous vous détournez des plaisirs passagers, réfugiez-vous dans cette Beauté, prenez-la et gardez-la comme un précieux joyau. Si vous avez eu la vision de la simple beauté physique, ce souvenir vous en reviendra souvent aux heures d'angoisse. Il n'y a que le mental sans force et le cœur faible qui l'oublient, et par là, oublient aussi, à l'occasion, la Beauté qui dure et le Bonheur qui est permanent.
Avec de la sagesse, un esprit pur et un cœur sans préjugés, on peut toujours conserver la vision physique de la beauté. Vous pouvez l'évoquer et vivre en elle, oubliant le monde extérieur. Vous pouvez toujours respirer cette atmosphère d'extase. Il en sera de même une fois que vous aurez vu le Royaume du Bonheur, ce séjour de joie et d'immortalité, ce jardin de roses. Si c'est avec un mental sain et un cœur pur que vous l'aurez perçu, vous pourrez toujours y vivre. Et alors aussi vous pourrez, vous détournant momentanément de cette réalité, retourner à l'irréel, aller et venir du réel à l'irréel, bien que la plupart d'entre nous vivent dans l'illusoire, ne faisant que de rares incursions dans le Réel.
Nous prenons toujours les choses éphémères pour la réalité ; c'est pourquoi cette vision de grandeur, cette vision de noblesse est rare parmi nous, entourés et dominés que nous sommes par les choses périssables. C'est pour cette raison aussi qu'il est bien difficile à celui dont le cœur et l'esprit ne sont pas en paix, de garder la vision qu'il a eue un jour, que chacun de nous peut avoir eue, car ce n'est point chose exceptionnelle.
Tous, nous avons admiré la beauté du soleil couchant, celle de l'arbre, celle de l'oiseau qui s'élance comme une flèche dans les airs. Là est la réalité, si vous pouvez percevoir le Bonheur à travers l'irréel et saisir la Vérité qui est transcendante. Mais pour cela, il faut que vous ayez des yeux exercés depuis longtemps à percevoir la beauté, une vue qu'une longue recherche ne fatigue point, qui puisse retenir ce qu'elle a contemplé, quels que soient les chagrins, les douleurs endurées.
Quand vous aurez pénétré dans le Saint des Saints, qui est la Vérité, vous ne devrez plus craindre de reperdre cette Vérité, puisque vous serez devenu une parcelle intégrante de l'Éternel. Peu vous importeront dès lors les gloires de ce monde, les amis personnels, l'amour passager, car vous appartiendrez désormais à l'Éternité, ayant bu à la Source céleste, qui est sagesse. Une fois que vous y serez entré, vous pourrez toujours en ressortir pour revoir les spectacles éphémères du monde. C'est alors seulement que vous serez en état de donner du bonheur et de la sympathie, de dispenser la connaissance des grandes réalités permanentes.
Vous devez de votre propre gré, entrer dans ce Royaume, ce jardin, ce séjour de Vérité qui est celui du Bonheur. Au moyen de vos propres forces, vos propres aspirations, votre propre grandeur, vous devez faire naître cette grandeur qui dure. C'est de votre perfection à vous, de votre génie à vous, que vous devez créer votre immortalité. Car ce que moi je crée, ou ce qu'un autre crée, ne peut être pour vous que passager, tandis que ce que vous créez vous-mêmes, par votre propre expérience, sera durable à jamais.
Quand vous entrez dans le Royaume, vous vous apercevez bientôt que le moi personnel, qui génère la douleur, et tous les violents plaisirs inférieurs, a moins de prise sur vous, que son empire et son pouvoir se sont affaiblis. A mesure que vous croissez en vertu, et que vous pénétrez dans le Saint des Saints, demeure de la Vérité, vous cessez d'exister en tant qu'entité séparée. Telle est l'unique Vérité, la véritable spiritualité, tel est le seul bonheur auquel tout être humain puisse aspirer.
Krishnamurti
"La source de sagesse - chapitre II"
Source: Nous-les-Dieux.org