Il n'était pas nécessaire d'être devin pour prédire le déchainement d'hommages rendus à l'Abbé Pierre suite à sa mort survenue la semaine dernière. Souvent, les médias savent se focaliser sur les aspects les plus brillants de l'histoire d'un homme lorsqu'il quitte la scène de la vie alors même qu'ils l'ont "enfoncé" de son vivant. Par contre, pour l'Abbé Pierre, ils n'ont pas eu à se creuser la tête bien longtemps, unanimité oblige ! Des hommages souvent sincères, mérités, mais aussi parfois bien hypocrites de la part de certains politiciens obséquieux qui se devaient, pour l'opinion publique, de participer au dégoulinement de compliments "pour se faire bien voir à l'approche des éléctions".
Cet homme avait la foi, mais ce n'est pas pour ses croyances que la plupart des français l'admirait, c'est pour ses actes. Peu importe qu'il ait cru en Jesus, Boudha ou Mahomet, le coté remarquable de cet homme réside dans sa fidélité absolue en ses convictions et leur mise en application, pas dans les convictions elles-mêmes. Car qui peut prétendre être vraiment original en pronant la compassion et l'entr'aide ? Seulement, contrairement à beaucoups intellectuels issus de la pensée des "faut qu'on", qui eux...ne sont pas des pélerins, il a retroussé ses manches, il est descendu dans les rues froides de l'hiver, il a crée les compagnions d'Emmaüs, il a harcelé les consciences du pouvoir en place, quelque soit son bord. Il l'a fait dans le quasi-dénuement, c'est sans doute un choix personnel, une autre croyance car cela n'était pas forcément indispensable.
On peut sans doute aider les pauvres en vivant confortablement, mais l'Abbé Pierre a sans doute fortement optimisé sa crédibilité en se fondant dans le paysage de la pauvreté. Une vie de foi sans faille donc...un exemple ? surement... le seul exemple à suivre ? pas forcément...d'abord, n'est pas l'Abbé Pierre qui veut, et puis notre société a besoin d'hommes de sa trempe dans bien d'autres domaines: social, thérapique, spirituel, politique... avec cette foi qui soulève les montagnes et entraine l'adhésion des foules. Pour faire évoluer enfin la société. Il faudrait des centaines, des milliers d'Abbé Pierre pour nous montrer l'exemple dans tous les domaines de la vie...Il y a en a déja quelques-un, certes, mais nettement moins médiatisés, donc, avec moins d'impact.
Oui, seuls des hommes de foi, des hommes charismatiques peuvent décoincer la société sclérosée, "ébranler le mamouth", mais là se pose un problème, de quelle foi parles-t-on ? n'oublions pas que les kamikazes se considèrent aussi comme des hommes de foi... Qui peut tracer de manière objective une frontière précise entre la foi et le fanatisme ? Dans "Conversations avec Dieu", Il nous est donné un outil simple mais efficace pour évaluer la pertinence des idées que nous voulons mettre en application dans la société : "Si tout le monde le faisait, que se passerait-il ?". Il vaut mieux nourrir les exclus ou exterminer les hérétiques ? le nanti d'aujourd'hui ne peut-il pas être le SDF de demain ? L'exemple est caricatural, mais la méthode fonctionne aussi pour tous les gestes personnels de notre vie quotidienne. Exemple: Que se passerait-il si tous les habitants de la terre consommaient autant de pétrole que nous occidentaux? hé bien il y en aurait déja plus depuis longtemps!
Cette actualité m'as donnée à réflechir sur la notion de foi. A priori, on pourrait donc définir la foi comme un attachement particulier à une croyance sans qu'elle soit démontrée rationnellement. "heureux ceux qui croyent sans avoir vu". Dans la mesure ou la foi est la croyance absolue en DIEU et que DIEU n'est pas démontrable, on ne peut "acquérir" la foi par la simple volonté intellectuelle. On peut seulement répondre au signal venu de l'intérieur nous suggérant par une sensation subtile l'existence d'une puissance bien supérieure à notre petite personnalité. C'est ce que l'on nomme habituellement la grâce. Par contre, dès que la graine de la foi est déposée en nous, la volonté peut grandement aider à son éclosion. A quel moment survient le signal ? Vaste question, je suppose que c'est un choix de l'âme qui veut en finir avec l'expérimentation de l'athéisme. Mais bien sur, cela est un point de vue de "croyant" ! L'athé va déclarer que la foi est une expérience chimique du cerveau, temporaire et sans fondement, qui s'éteindra avec la mort (parfois avant) de celui qui la fait. Rendez -vous après la vie pour connaitre la vérité !
Un des problèmes de l'humanité actuelle, c'est qu'elle est malade de ses croyances. Elle est souvent prête, pour sortir de la souffrance, à croire n'importe quoi, n'importe qui, y compris le premier messager qui passe, même celui qui lui affirme qu'il ne faut croire en rien. Le nihilisme est lui-même une croyance, donc on ne peut pas avoir AUCUNE croyance..CQFD ! . De plus, comment peut -elle faire vivre une société concrétement ? Que se passerait-il si personne ne croyait en rien ? (y compris au lendemain, au bonheur). Imaginez un tel monde....
Le seul critère pour déterminer si une croyance est humainement utile (je n'ai pas dit "bonne") ne pourrait-il pas se résumer à : Est-ce qu'elle me rend heureux sans rendre malheureux mon entourage? Est-ce que ma foi contribue à mon évolution vers plus de joie, de sérénité,d'amour, moins de peur, moins de solitude, d'angoisse ? Si oui, cela signifie qu'elle est authentique, qu'elle vient de mon âme, pas de des croyances préfabriquées et distillées à l'extérieur, dans les livres, dans les médias, dans les paroisses. La véritable foi nous rend autonome et libre car elle nous connecte à notre DIEU intérieur, pas celui qui est enfermé dans les murs des églises. Ceci-dit, on peut trouver à l'extérieur des aides utiles à condition d'aiguiser son discernement.
Beaucoups d'hommes traversent une "crise de foi" car ils cherchent à l'extérieur une solution qui est présente à l'intérieur d'eux-même. C'est le résultat de nombreux siècles de manipulation économico-politique. Mais quand le miracle technologique s'enrayera, lorsque viendra le temps des pannes géantes, beaucoups d'hommes et de femmes privés de télévision, de téléphone portable, de jeux videos, d'internet, sortiront dehors, hébétés et s'apercevront que leur fragile bonheur de "supermarché" ne tenait "qu'à un fil". Il s'aventureront peut-être hors de leur villes de béton et redécouvriront la nature, la simplicité, l'authenticité, le silence, la qualité des échanges humains en "live".
A ce moment là peut-être entendront-ils le signal de leur âme qui leur proposera d'avoir foi en eux-même. Foi en cette suprême et dérangeante vérité: nous sommes ni victimes ni boureaux, mais totalement responsables de notre vie. Ils ne rejetteront pas totalement la technologie mais n'en seront plus les esclaves. Les machines seront à leur service et non l'inverse. Bien sur, il y aura toujours des moments de doute. Il n'y a pas de vrai foi sans vrais doutes, de même que la beauté n'aurait pas de sens en l'absence de laideur. Mais des doutes qui appellent la remise en cause et font avancer vers toujours plus de foi. Et la foi qui progresse à la fois en quantité (énergie) et en qualité (sagesse) nous rapproche toujours plus de notre véritable nature : des enfants de Dieu.
Christalain