Dans les années 90, j’ai lu un livre qui m’a marqué par sa singuliarité : « Fragments d’un enseignement
inconnu », écrit par P. Ouspensky. Celui-ci expose les enseignements donnés oralement de son vivant par le maître GI. Gurfdjieff. Ayant
emprunté ce livre dans une bibliothèque, j’avais pris de nombreuses notes sur son contenu. A partir de ces notes, j’ai écrit une petite synthèse qui est loin d’être exhaustive, mais permet
d’aborder quelques notions clefs de l’œuvre.
Il ne s’agit donc pas d’une adhésion entière et sans condition de ma part, mais plutôt un compte-rendu le plus neutre possible de ma
lecture. Bien entendu, je suis en accord avec un certain nombres d’idées qui sont développés dans ces fragments et qui ont influencé ma démarche spirituelle. Mais je ne suis pas forcement
« fan » du personnage, particulièrement impitoyable envers « l’homme ordinaire », même s’il faut replacer sa personnalité très « dure » dans le contexte de l’époque,
qui était elle-même très dure…
De plus, il faut se méfier des mots, des traductions plus ou moins heureuses qui estompent la véritable pensée de l’auteur. Certaines
affirmations paraîtront vraiment étranges et sans doute manque t-il des informations pour les inclurent de façon cohérente dans le système de pensé de Gurdjieff. Nul doute que le même
homme vivant à notre époque, avec ses énergies particulières, se serait montré plus optimiste envers les possibilités d’évolution humaine. Enfin, toujours en raison des formidables énergies
évolutives qui se déversent sur notre planète, on peut envisager la « 4ème voie » comme un peu plus accessible au commun des mortels.
L’ŒUVRE DE GURDJIEFF
(présentation synthétique a partir de Wikipédia et quantum futur- voir lien en fin d’article).
Georges Ivanovitch Gurdjieff est considéré comme une figure célèbre de l’ésotérisme à
Alexandropol, aujourd'hui Gyumri en Arménie en 1877, mais la date reste incertaine. Décédé le 29 octobre 1949 à l'hôpital américain de Neuilly-sur-seine. Sa vie jusqu'en 1914 n'est connue
que par les témoignages que lui-même ou ses disciples ont transmis. Il introduit la figure ésotérique de l’ennéagramme en Occident.
Le noyau de la doctrine de Gurdjieff avait trait à l’intégration de toutes les forces vitales pour les mettre en harmonie les unes
avec les autres ainsi qu’avec l’ordre cosmique, en sorte que chaque individu apprenne à « Etre ». La vraie connaissance, selon lui, est une fonction de l’être. Ce que connaît un homme
est en lien direct avec ce qu’il est. Distinguant entre l’être essentiel et la personnalité superficielle, Gurdjieff assignait à ses élèves des exercices divers ayant pour but d’affaiblir les
caractéristiques acquises, rétablissant ainsi le sens fondamental de l’être que ces caractéristiques bloquent ou obscurcissent d’ordinaire. Ces méthodes étranges à l’extrême relevaient d’un
travail psycho-physique et de la thérapie de groupe.
Piotr Ouspensky, principal disciple de Gurdjieff, est egalement issu de la sub-culture occultiste russe, très active au début du XXe
siècle. Ouspensky, qui avait, avant de rejoindre Gurdjeff, fréquenté la Société Théosophique. Il décrit avec force détails dans « les Fragments d’un enseignement
inconnu » le système théorique de Gurdjieff, qui en approuva la publication.
Quel était le but poursuivi par Gurdjieff? — Personne ne l’a su. Il est aussi difficile de le dégager de ses actes que celui de
Raspoutine. Ouspensky racontait — il le dit dans les Fragments — qu’au début il avait posé la question, à quoi Gurdjieff répondit:
« J’ai certainement un but, mais vous me permettez de ne pas en parler. Car mon but ne peut encore rien signifier pour vous.
Pour vous, ce qui compte maintenant, c’est que vous puissez définir votre propre but. Quant à l’enseignement même, il ne saurait avoir un but. Il ne fait qu’indiquer aux hommes le
meilleur moyen d’atteindre leur but, quel qu’il soit. »
En travaillant à cet ouvrage, Ouspensky donna son maximum. Or, le point faible de ce travail consiste en son caractère par trop
personnel et en son style de reportage. A vrai dire, ce volume devrait être récrit en éliminant tout ce qui lui donne un aspect subjectif. Réduit de moitié, il gagnerait beaucoup.
Question pratique: quelle doit être l’attitude des étudiants envers le « phénomène Gurdjieff » et les Fragments
d’Ouspensky? –« Le lecteur attentif trouvera facilement lui-même la réponse dans le contenu de notre exposé : il faut, dans le premier cas, séparer le message du messager,
et, dans le second, aller au delà de l’information. Il y a une fable qui court partout en Orient. On raconte qu’il existe une race de cygnes particulièrement nobles, celle du Cygne
Royal. Et on dit que si l’on pose devant lui un récipient rempli de lait étendu dans l’eau, il sépare le lait, le boit, et laisse l’eau. Telle doit être l’attitude des étudiants.
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1- L’homme machine et les centres
Gurdjieff pense que, scientifiquement, tous les hommes sont des machines gouvernées par ce qu’il appelle les influences extérieures
(notamment les planètes du système solaire) et qu’ils croient, à tort, en leur libre arbitre. En fait, ils ne se connaissent pas eux même.
En effet, tout est mécanique chez l’homme, par conséquent, ses actes et ses pensées le sont aussi. Le chemin qui mène à la
psychologie est encore loin : il s’agit d’abord d’étudier la mécanique. Seulement, l’homme est persuadé du contraire, il cultive l’illusion selon laquelle il PEUT FAIRE, décider de sa vie
alors que tout arrive, que ce soit par accident ou par diverses influences extérieures. Gurdjieff affirme même que seule une partie des hommes peut se réincarner car cela n’est pas
possible pour une machine.
L’homme travaille sous la pression extérieure et ses désirs ne sont que le produit de son automatisme : « ça aime, ça aime
pas… ». Il est gouverné par un tissu d’habitudes et de manies dont il ne peut se défaire. Mais le plus grave réside dans son absence de conscience stable : elle change de jour en
jour, et même d’heure en heure. . Il n’y a pas d’unité en lui mais de multiples « moi » qui le gouverne à tour de rôle, comme s’il avait une multitude de cerveaux indépendants. L’un
prend une décision, puis l’autre agit différemment : par exemple, en se couchant, un « moi » décide de se lever tôt car il a des vacances chargées, mais le lendemain matin,
un autre « moi » ne l’entend pas de cette oreille et notre homme paresse au lit tout le matin.
On pourrait multiplier les exemples comme toutes les promesses non tenues ou les changements rapides d’opinion sans
fondements. Nous n’avons aucun pouvoir de contrôle sur ces « moi » car nous nous identifions à eux, nous croyons qu’ils constituent notre vraie personnalité. Pour expliquer ces
comportements, il faut également tenir compte de ce que Gurdjieff appelle les centres actifs qui ont chacun des manifestations propres.

Gurdjieff met en évidence chez l’homme la présence de centres actifs et indépendants qui font varier son comportement. Il s’agit du centre intellectuel, du centre émotionnel, du centre
moteur et du centre instinctif. Il faut y ajouter 2 centres supérieurs : l’émotionnel supérieur et l’intellectuel supérieur.
Le centre intellectuel comprend le mental, la pensée. Il travaille le plus souvent par comparaison
entre plusieurs impressions.
Le centre instinctif correspond aux fonctions du corps physique, en particulier aux sensations,
celles –ci pouvant être neutres (les couleurs par exemple).
Le centre émotionnel, comme son nom l’indique, représente l’ensemble des sentiments et émotions
(joie, peur, amour, tristesse…)
Le centre moteur, lui, commande nos gestes et mouvements, c’est la mécanique par excellence de la
machine humaine. Par exemple, il travaille seul lorsque l’on se déplace à vive allure au volant d’une voiture, en particulier dans les rues d’une grande ville. Nous en serions incapables avec
le centre intellectuel.
Chacun de nous a tendance à privilégier certains de ces centres, ce qui justifie déjà une grande partie des différences de
comportement entre individus. En ce qui concerne les 2 centres supérieurs, Gurdjieff pense qu’ils travaillent en permanence mais que leur activité ne parvient pas à la conscience.
Enfin, Il porte une attention particulière à un centre un peu à part: le centre sexuel. Celui-ci joue le rôle de centre neutralisant
vis à vis des centres instinctifs et moteurs qui sont tour à tour passifs ou actifs. Il faut noter ici que tout phénomène est la combinaison de 3 forces (positive, négative, et neutre), mais
nous ne connaissons l’existence que des 2 premières.
Le sexe joue donc un rôle énorme dans la vie et tout est en relation avec lui, tout est prétexte pour s’y rapporter : les
réunions, les voyages…(rappelons que Gurdjieff vivait au début du 20 ème siècle, il était donc contemporain de Freud). Il condamne l’abus du sexe, mais pas dans le sens ou on l’entend
habituellement : pour lui, il y a plus grave que les vices, abus « quantitatifs ou autres déviations : il s’agit du mauvais travail des centres, lorsque le centre sexuel
fonctionne avec l’énergie d’un autre centre ou vice-versa. Dans ce cas, on reconnaît l’emprunt de l’énergie sexuelle par une véhémence et une passion caractéristique dans toute activité.
L’union du centre sexuel avec le centre émotionnel crée la sentimentalité, la jalousie ou le ressentiment.
Ainsi, il y a un grand accomplissement quand le sexe est conscient de lui-même et ne se cache pas derrière des prétextes. Il joue en
outre un grand rôle dans l’équilibre d’un centre de gravité permanent dans l’homme et dont nous reparlerons ultérieurement.
Mis à part ces centres, on peut également décomposer l’homme selon un critère hiérarchique qui définit un certain
nombre « d’étages ».
2 - La nature de l’homme et de la
connaissance

Pour décrire les articulations de la « machine » humaine, Gurdjieff utilise une analogie bien de son époque et très imagée : celle d’un cocher qui commande les chevaux, ceux-ci
tirant une voiture dans lequel siège le maître. Le cheval représente les sentiments, désirs et impulsions et il nome cet ensemble L’ASTRAL. La voiture symbolise le corps matériel : LE
PHYSIQUE. Le cocher représente la pensée : LE MENTAL. Et enfin le maître réunit dans un ensemble appelé CAUSAL : le moi,, la conscience, la volonté (au vrai sens du terme, par
opposition à la volonté que croit posséder « l’homme machine ».
Selon lui, la plupart des hommes en sont au 1er corps (ASTRAL), car s’il était complet, il assumerait pleinement ces 4
corps, le causal étant maître de l’ensemble. L’homme peut avoir l’individualité (unité intérieure) et un moi permanent, immuable (s’opposant aux multiples états de conscience), c’est à dire
LA conscience et LA volonté.
Ainsi, cet homme qu’il appelle « homme N°4 » serait en marche vers le savoir objectif, et au delà pourrait exister
« l’homme N°5 » possédant un savoir total et indivisible, puis « l’homme N°6 » qui aurait l’intégralité du savoir accessible à l’homme ; et enfin « l’homme
N°7 » à qui on ne pourrait plus enlever un savoir objectif et pratique total.
Parallèlement, il fait une distinction entre ESSENCE (âme) et Personnalité. Selon lui, beaucoup de personnes ne possèderaient que
la seconde instance et ne sont pour ainsi dire que des « masques » . En effet, l’essence ne croit pas toujours à mesure que se développe la personnalité : des personnes
apparemment très cultivées ont une essence d’enfant de 5 ans. D’ailleurs, il pense que bien des gens incultes ont une essence supérieure aux autres (à rapporte une fois de plus dans
le contexte de l’époque). L’idéal serait bien sûr de joindre une personnalité brillante à une essence développée. Cette essence peut certes se construire ou s’élever de son état primitif,
mais à quel prix…
Selon Gurdjieff, la vie est un tissu d’absurdité, de mensonges et de mécanicité, mais les hommes refusent de voir leur état. Ils
mentent perpétuellement, pas seulement aux autres, mais aussi à eux-mêmes y compris lorsqu’ils croient être sincères. « La vérité non dénaturée serait une nourriture indigeste pour
l ‘homme ». Selon lui, une part de cette vérité consisterait à admettre la MATERIALITE de la connaissance.
Selon ce principe, l’homme n’en disposerait que d’une certaine quantité durant une période donnée, il a donc une quantité limité a
gérer dans le temps. Cette connaissance engendre de grands résultats si elle est concentrée chez un petit nombre d’individus (capables de l’assimiler). Par contre, si elle est uniformément
répartie entre tous les hommes, cela représenterait quelque chose de négligeable et rien ne pourrait changer ni évoluer.
L’accumulation de la connaissance par les uns dépend du rejet de celle-ci par les autres. Gurdjieff pense que non seulement les
grandes masses ne peuvent pas évoluer mais qu’une telle éventualité serait fatale à la lune qui s’en nourrit sur un plan psychique. Il souligne à quel point le comportement humain est
lié à notre satellite naturel qui serait un être vivant à l’état naissant, une futur terre en quelque sortes.
Le savoir est une chose, la compréhension en est une autre. Le savoir dépend de l’être et n’est utile que pour celui qui est
prêt à le comprendre, non seulement intellectuellement, mais aussi avec tous les centres de son être. Par conséquent, il n’est pas ouvert à tous. Gurdjieff juge dangereuses et irréalisables
les théories dites « humanitaires » et « égalitaires ». Détruire l’inégalité détruirait toute possibilité d’évolution.
Malgré les apparences, il n’y a eu jusqu’à notre époque aucun progrès en ce qui concerne le fond de l’homme. Rien n’as changé
depuis des milliers d’années. Quand un homme voit ce qu’il est réellement, il ne lui vient pas à l’idée d’aider les autres, l’altruisme n’as pas de sens lorsqu’on s’aperçoit à quel point on
est irresponsable et mécanique. Seul un égoïste conscient peut aider les autres. Le plus urgent et le plus important est de se changer soi-même, notamment par le « travail sur
soi », une entreprise bien difficile.
3 – Les voies traditionnelles et la
4 ème voie
Gurdjieff évoque 4 grandes voies pour parvenir, non pas à la connaissance forcément, mais
à l’immortalité, ou plutôt la survie après la mort, dans le but de connaître d’autres vies. Il s’agit donc de construire un « corps astral », qui contrairement au corps
physique, ne s’éteint pas et continue de progresser lors de vies ultérieures. Tous les éléments nécessaires à sa construction sont présents dans le corps, mais il faut parvenir, au terme
d’une série d’épreuves et de souffrances, à une « CRISTALISATION » suivant une ligne déterminée. Il existe 4 voies pour y parvenir, dont 3 dites « traditionnelles » et
assez bien connues :
physique auquel il impose toutes sortes d’épreuves et acquiert ainsi une incroyable
endurance. On pense bien sur, par exemple, au spectacle de la planche à clou. Le Fakir devient maître de son corps et parvient à faire des miracles par sa volonté. Cependant, il néglige le
2ème corps (sentiments) et le 3ème corps (l’intelligence).
La seconde voie est celle du MOINE : par sa foi, ses sacrifices et
son dévouement total à sa religion, il lutte contre ses sentiments, ses émotions et développe sa volonté. Mais il néglige souvent son corps physique et son intelligence.
La 3ème voie est celle du YOGI : c’est la voie de la
connaissance, de l’intellect, de la maîtrise des idées et de la sagesse philosophique. Mais cette voie délaisse le corps physique et les émotions.
Comme on le constate, aucune de ces 3 voies n’est complète, et lorsqu’un Fakir parvient à
maîtriser parfaitement son corps physique, il arrive souvent à la fin de sa vie et n’as plus le temps de s’attaquer aux autres corps.
Pour remédier aux inconvénients des voies traditionnelles, Gurdjieff introduit une 4 ème voie, LA voix selon lui. On peut la commencer sans rien abandonner dans sa vie : ni
son travail, ni sa femme, ni ses amis. Il s’agit d’un travail simultané sur les 3 corps (physique, émotionnel, mental), qui exige une grande compréhension de ce que l’on fait pour parvenir à des
résultats valables.
Le premier travail, en forme de test, est de trouver cette voie : ce n’est pas simple
et la conjonction de plusieurs élément est indispensable pour que naisse chez un individu l’idée de la voie. Il doit commencer par le cocher (intellect) et doit également s’opérer sur les
liaisons entre les corps. Il est important de réaliser que le savoir est une chose et que la compréhension en est une autre. Celle-ci dépend de l’être et les 2 aspects doivent se développer en
parallèle. Si le 1er est supérieur au second, l’homme sait mais n’as pas le pouvoir de faire. Si le second est supérieur au 1er, il a le pouvoir mais ne sait pas quoi
faire.
Par ailleurs, si l’homme n’a pas défini son propre but, il ne peut commencer à agir
car l’idée de la voie est étroitement liée a celle du but. Au gré des événements, un homme peut être orienté vers une direction et peu à peu en prendre conscience. En cherchant plus activement,
il peu accumuler les résultats des influences dont la source est en dehors de la vie ordinaire. Il se forme alors en lui une sorte de centre magnétique qui attire les influences apparentées, et
ainsi, s’accroît par effet « boule de neige ». Il augmente toujours plus son attraction et la récolte s’accélère.
Il existe d’autres lois relatives à la 4ème voie : la règle de l’ascension
selon laquelle personne ne peut s’élever à un degré supérieur de l’échelle évolutive avant d’avoir mis quelqu’un à sa place. Une fois engagé sur cette voie, il vaut mieux ne plus s’arrêter et ne
plus reculer. Jusqu’à un certain point, il est possible de faire demi-tour, de tout abandonner, mais au delà de ce point critique, il est délicat de vouloir revenir en arrière : selon
Gurdjieff, on se retrouve alors bloqué dans une position très fâcheuse.
4 - Le trait principal et le rappel de
Soi

Dans tous les cas, la 4ème voie commence par la connaissance de soi-même, c’est le but premier qui devrait être commun à tous les hommes. Lorsqu’on prend conscience de cela on
comprend aussi la dimension particulière que prend l’antique adage « connais toi toi-même ».
Au départ, il faut faire comme si l’on s’était jamais observé, adopter une attitude neutre et objective. On met ainsi en évidence
l’existence de TAMPONS : ce sont des structures psychiques que l’on se crée involontairement à mesure que l’on grandit pour ne pas sentir les nombreuses contradictions qui
s’entrechoquent en nous. Ils interviennent dans la morale par exemple, qui est un phénomène artificiel.
Ces tampons amortissent les coups, arrondissent les angles et permettent à l’homme d’avoir « toujours raison » en
l’empêchant de sentir sa conscience. Leur destruction n’intervient pas immédiatement dans la voie car sans eux, on est comme nu et sans préparation : on deviendrait fou en voyant la
réalité telle qu’elle est.
Un autre élément de la connaissance de soi est ce que Gurdjieff appelle LE TRAIT PRINCIPAL. Il s’agit généralement d’un défaut, une
caractéristique typique de notre personnalité qui lui donne un aspect toujours identique. C’est ce que les autres retiennent de nous en nous côtoyant, et nous l’ignorons souvent nous même en
prenant une autre caractéristique mineure pour notre trait principal.
Sans aide extérieure, on a du mal à se voir réellement. Les autres jouent le rôle de miroir. Par exemple, Gurdjieff dira que le
trait principal d’une personne est : « il n’est jamais chez lui ». Cela ne paraît pas très rigoureux, mais rappelons que la vraie psychologie n’est pas encore née. Cette
description apparemment sommaire est en fait très riche psychologiquement.
Une fois que l’on a pris conscience de son trait principal, on peut lutter contre, mais en sachant que si on combat de façon isolée
un aspect de sa personnalité, un autre aspect apparaîtra, peut-être ou l’on s’y attendait le moins. Il est impossible de se libérer d’une influence sans s’assujettir à une autre, telle est la
loi pour l’homme machine. On peut cependant essayer de rechercher l’influence la plus adaptée, la plus profitable.
Pour illustrer ce qui précède, imaginons un homme terriblement distrait qui décide de mettre fin à cette situation pénible (tout
oublier). Il use de sa volonté et a force de lutter, il finit par obtenir des résultats : il est moins tête en l’air ,mais il ne s’apercevra peut-être pas qu’il est devenu
susceptible, irritable.
Il existe cependant quelques cas ou l’on peut se débarrasser d’influences sans en subir de nouvelles, il s’agit de toutes les
« mauvaises » influences telles que : la mauvaise humeur, le chagrin, et la colère. Elles sont parfaitement inutiles et on peut très bien s’en passer. Sur ce point, Gurdjieff
rejoint les stoïciens en déclarant qu’on peut lutter contre ces émotions négatives par leur non-considération, leur non-identification et leur non-expression. Sourire lorsque l’on est déprimé
est déjà un début de soulagement. Il faut aussi lutter contre les identifications permanentes qui nous attachent à tous nos petits problèmes.
Pour parvenir réellement à se connaître sur la 4ème voie, il faut apprendre aussi et surtout à utiliser un outil très
précieux à conquérir : LE RAPPEL DE SOI. Pour Gurdjieff, il est clair que l’homme ordinaire est endormi ; si ce n’était pas le cas, il aurait d’immenses possibilités car la vrai
conscience n’existe que durant de courts intervals.
Nous avons tous connu, ne serait-ce qu’un bref instant, ces états magiques où l’on comprend tout, ou l’on se sent irrésistible, ou
l’on ressent la réalité telle qu’elle est. Nous devons acquérir de manière permanente la CONSCIENCE OBJECTIVE pour avoir la véritable vision du monde. Il faut beaucoup d’efforts et de patience
pour y parvenir.
La première étape consiste, par la volonté, à partager l’attention entre le rappel de soi et l’effort soutenu pour y parvenir.
L’expérience du rappel de soi prolongé est paraît-il édifiant : on voit les autres réellement endormis. L’observation de
soi conduit alors à une série de constatations que l’on doit s’efforcer de faire en toute neutralité. Ensuite, après avoir recueilli un certain nombre d’observations, de clichés,
« d’arrêts sur images », on peut commencer alors la phase d’analyse en divisant bien les 4 fonctions de la machine que nous sommes (intellect, émotivité, motricité, instinct).
Toujours dans la perspective de la 4ème voie, un travail doit aussi se faire sur le mauvais travail des centres.
C’est souvent le cas pour le centre sexuel (comme nous l’avons déjà vu), mais aussi pour les autres qui ne fonctionnent que rarement avec leur propre énergie. Par exemple, la rêverie et
l’imagination (si elle est improductive) sont des exemples du mal-fonctionnement du centre intellectuel.
Il faut donc se battre sur tous les fronts et il n’est pas surprenant de voir apparaître l’aspect énergétique de la machine.
Gurdjieff postule que le niveau cosmique de toute créature vivante dépend de 3 facteurs : ce qu’elle mange, du milieu ou elle vit, de ce qu’elle respire
L’organisme humain reçoit 3 sortes de nourriture : l’alimentation ordinaire, l’air respiré et SES IMPRESSIONS. Cette dernière
est la plus indispensable. En l’absence des impressions données par le monde qui l’entoure, l’homme ne pourrait pas vivre une seconde, alors qu’il peut rester plusieurs jours sans manger. Les
diverses qualités d’impression seraient liées aux différents hydrogènes existants : 24, 12, 6. Notre possibilité d’évolution en dépendrait.
5- L’aspect énergétique de la machine
et la notion de groupe

Energétiquement, la comparaison de l’homme avec une machine s’impose plus que jamais :
Chaque centre a son accumulateur (accu) d’ou il tire l’énergie nécessaire à son bon fonctionnement. Tous les accumulateurs sont
reliés a un grand accumulateur central.
Il existe une polyvalence de ces accumulateurs. Si par exemple un homme effectue une épreuve de longue durée, il va vider un accu, en
l’occurrence celui du centre moteur s’il court, et va finir par se sentir épuisé. Le centre moteur va alors se relier à un autre accu pour en tirer de l’énergie et l’homme retrouver « un
second souffle ». Pendant que ce second accu se videra, le premier se rechargera par le grand accu, et ainsi de suite.
Mais s’il s’agit d’une grosse épreuve demandant beaucoup d’énergie, les accus se vident plus vite qu’ils ne se rechargent, si bien que
lors d’un point critique (rarement atteint), notre homme peut finalement être en contact avec le grands accu. Il retrouve alors de grandes énergies et croit vraiment vivre un miracle.
C’est ainsi que le premier marathonien de l’histoire a parcouru 42 km sans s’arrêter et sans entraînement, vidant même son grand
accu, il est donc mort d’épuisement. Il s’agit certes d’un cas extrême et il existe des sécurités nous empêchant d’aller aussi loin. De plus, le contact avec le grand accu ne peut se faire
qu’avec le centre émotionnel.
Beaucoup de petits gestes quotidiens sont en rapport avec l’économie énergetique : le baillement, par exemple, est le signe
d’un apport d’énergie dans les petits accus pour lutter contre la fatigue. Le rire, lui, expulse l’énergie superflue et se déclenche quand une impression touche à la fois le coté négatif et
le coté positif du centre intellectuel. Celui-ci est incapable de digérer 2 impressions opposées et cette simultanéité du « oui » et du « non » provoque une sorte de
convulsion et l’énergie est divisée sous forme de rire.
Gurdjieff pense que ceux qui ne rient jamais sont des hommes submergés par les émotions négatives, ils en ont trop. Jésus, lui, ne
riait jamais car il ne pouvait en avoir (d’émotions).
Le rire et le baillement étant surtout issu des centres instinctifs et moteurs, il est très contagieux et cela se vérifie dans la vie
quotidienne.
Souvent, nous gérons mal notre énergie, en gâchant une quantité considérable de celle-ci par notre tension musculaire permanente, nous
ne savons pas réellement nous relâcher. Notre maîtrise de l’organisme doit commencer par la respiration. Celle-ci existe sous 3 modes : normal, artificiel, ou aidé par le mouvement. Notre
allure physique est également très importante : l’homme serait incapable de changer la forme de ses pensées et de ses sentiments tant qu’il n’a pas changé son répertoire de poses et de
mouvements. Chacun en possède un nombre déterminé qui le caractérise de façon entière extérieurement. Tout revient donc à gérer correctement son énergie.
Tout homme a bien assez d’énergie pour commencer le travail sur soi, mais il doit l’économiser en évitant trop de gâchis par les
émotions désagréables et inutiles. L’irritabilité, l’imagination (mal dirigée), la nervosité, la hâte, la tension en font partie. A mesure que le travail avance, la croissance du corps mental et
astral a besoin de beaucoup plus d’énergie que le corps physique.
Il existe dans la 4ème voie un élément déterminant : le GROUPE. Un homme seul ne pourrait rien faire, il est trop
indulgent avec lui-même quand il s’impose une tâche, trop paresseux pour changer ses habitudes et ses manies. D’autre part, l’homme voit plus facilement les défauts des autres que les
siens : il a besoin d’un MIROIR.
La présence d’un guide, de quelqu’un « qui sait » est indispensable. Il faut un maître à qui les élèves doivent obéir.
Gurdjieff dirigeait un groupe à une époque de sa vie, pour faire connaître son enseignement. Il s’y déroulait toute sorte d’exercices mentaux et physiques.
Par exemple, pour tester la volonté de ses élèves, il avait inventé un exercice étrange : A n’importe quels moments (parfois les
plus incongrus), il criait « STOP ! » et dès cet instant, les membres du groupe devaient rester figés dans leur position durant un temps variable. Ce fut parfois drôle, mais
souvent terriblement difficile.
La dynamique de groupe, condition indispensable, s’ajoute aux précédentes et rend la 4ème voie très sélective, la plus
difficile qui soit. « Il faut qu’une chose coûte pour être estimée » disait son créateur. En effet, tout se passe comme si des forces adverses maintenaient l’homme dans un état
hypnotique afin de l’empêcher de voir la vérité et de se réaliser, d’évoluer.
L’homme qui se tourne vers la 4ème voie a été déçu par tout, il n’a rencontré que des murs, il a tout essayé et n’a aboutit
qu’à des échecs, il doute. Il ne peut en être autrement car c’est une machine, il n’est pas responsable de lui-même. Il ne peut rien faire car tout arrive, tout se tient, tout dépend de
tout.
Le travail consiste à se soumettre volontairement à une souffrance temporaire pour se rendre libre de la souffrance éternelle. Il faut
sacrifier ce qui est cher et pour longtemps pour avoir ensuite, enfin, sa propre loi. Le véritable plaisir se gagne et il faut beaucoup d’étude et de travail sur soi avant d’envisager de changer,
il faut parvenir à cette fameuse cristallisation de l’essence : « l’Arche de secours quand viendra le déluge ».
6 - Le destin de l'homme véritable
Tel qu’il est, l’homme n’as pas de destin, il s’en
est séparé. Pour lui, les événements arrivent soit par accident, soit par le destin, soit par la volonté mais cela est rarissime. Si nous avions la volonté, nous pourrions connaître l’avenir
en suivant les plans qu’on s’est établi. Pour connaître l’avenir, il faut connaître parfaitement le passé et le présent. Puis il faut apprendre à remarquer et à nous rappeler les brefs
moments ou nous le connaissons réellement et où nous agissons en accord avec cette connaissance.
De même, si nous avions un destin, nous pourrions connaître l’avenir car le destin
correspond au type de l’homme. En effet, chaque homme appartient à un type regroupant des goûts et des opinions semblables, avec un destin similaire. Il existerait une douzaine de groupe.
Gurdjieff accorde un certain crédit à l’astrologie si elle est bien comprise (dans les types qu’elle décrit). Il pense même qu’il est possible d’affronter la loi de l’accident et un
destin difficile avec de la vraie volonté.
Le type joue également un rôle important dans les relations entre sexes opposés :
un homme aurait tendance au cours de sa vie à entrer en contact qu’avec un certain type de femme et vice-versa. S’ils vivaient dans leur essence (et par leur personnalité), ils
rencontreraient leur type correspondant et il n’y aurait que des couples harmonieux, sans problèmes. La personnalité n’aime pas forcément ce que l’essence aime : si dans un couple les
essences se haïssent, le calcul et la raison ne pourront rien.
Il est très difficile de définir quel est le type de chaque homme car l’essence est le
plus souvent enfouie profondément sous la personnalité. Le travail sur soi consiste notamment à connaître cette essence, puis l’enrichir.
Chez Gurdjieff, la maxime « connais-toi toi-même » prend un sens
particulièrement riche puisque cela revient à dire : « connais l’univers ». Tout est lié, l’élargissement de la conscience s’effectue simultanément vers le plus petit et vers
le plus grand (par exemple : la planète et l’atome). « Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas (Hermes trimegiste). Il y a nécessité d’un langage symbolique
pour retransmettre l’idée de base de l’ancienne science objective : l’unité.
Notre langage est bien trop pauvre, pour se comprendre entre eux, les hommes devraient
apprendre un autre langage. N’importe quel mot existant a un sens précis chez l’un qui diffère du sens donné par un autre, d’ou d’interminables malentendus. Pour cette raison, il existe des
Mythes destinés au centre émotionnel supérieur et des symboles pour le centre intellectuel supérieur. La magie, la kabbale, l’alchimie ou l’astrologie sont des exemples de
symbolisme.
Il existe une science objective, et un art objectif qui s’oppose à l’art subjectif. Ce
dernier est le plus répandu mais ses effets ne sont ni universels, ni maîtrisés par leurs auteurs. Dans l’art véritable, tout est calculé, mathématique, afin de faire passer un message
précis, celui choisi par son auteur. (par exemple, le sphinx d’Egypte est une œuvre « objective ».
L’homme véritable est donc encore loin d’être né, même s’il en existe quelques uns sur
la voie de l’initiation. La plupart des hommes en sont encore au stade de la machine : que de travail en perspective pour « humaniser » cette machine.
FIN