La lecture attentive de la mise à jour du 24 02 par Natarajan sur son
site supramental.fr a mis beaucoup de choses en mouvement dans mon esprit parce qu’elle dépasse la seule question du rôle de Satprem dans « l’économie » et la continuité de
l’expérience supramentale, ce qui n’est déjà pas une petite affaire ! Sur le sujet du disciple de Mère, la mise au point de Natarajan, personnellement, me satisfait et me paraît
suffisamment éclairante pour ceux qui auraient encore besoin de situer les grands référents ou les modèles, pour reprendre son expression, les uns par rapports aux autres ou encore ajuster leur
propre position par rapport à ces pionniers. Les chercheurs aiment savoir vers qui se tourner préférentiellement, en raison d’affinités -j’élimine les cas de calculs intéressés du genre :
‘’vers quel saint est il préférable de se tourner pour avoir les meilleurs résultats ? ‘’. Au bout du compte ce n’est évidemment pas le plus important. Il y a même un site sur
internet ou j’ai découvert avec stupeur qu’un « initié » théoriquement instruit par une haute entité ascensionnée, hiérarchisait les Eveillés en leur affectant des niveaux
chiffrés selon telle ou telle catégorie… !
Ceci me ramène à cette expérience que j’ai tenté il y a maintenant quelques années
(1970-76). Je la résume ici au risque de caricaturer :
Une dame qui, après avoir été institutrice et eu, selon ses dires, toutes sortes de
révélations transcendantes depuis l’enfance, avait fait une formation de psychologue et d’astrologie et poursuivait toutes sortes d’expérience mystiques et spirituelles. Elle était censée,
(sous la tutelle de Maîtres ascensionnés - dont en particulier une entité au sommet de cette expérience dirigeant le tout et qui aurait joué sur terre, entre autres incarnations, le rôle
d’Akhénaton, son parèdre, alias « l’Aigle d’or de Mélchisedek » car lui même était censé être « adombré » par celui qu’on appelle: Melchisedek, l’être « sans
âge ni généalogie » de la tradition abrahamique.). Malgré ma réserve et parfois une certaine circonspection dans ces domaines d’identification des êtres et des vies
passées, du fait que, sur ce chapitre, j’en ai tellement entendu de toutes les couleurs, je ne vais pas pour autant mépriser tout ce que je ne suis pas apte à vérifier par moi-même car ce
serait le comble de la prétention. J’admets donc sans réserve que des êtres spirituellement évolués puissent parvenir à percevoir ces choses et bien d’autres encore. Je suis devenu
réticent lorsque, dans cette expérience, les choses commencèrent à trop se théâtraliser (comme ce que Natarajan, dans un autre contexte et d’autres proportions, dit avoir vécu
à Auroville) avec des mises en scène pas possibles qui donnaient le désagréable sentiment que, avec le concours bienveillant de certains disciples plus proches des dieux que tous les autres, le
maître, en l’occurrence par certains côtés, une maîtresse femme, voulait convaincre à tout prix de l’exclusivité de son message ou d’une de ses affirmations.
Comme en cas de doute ou de questionnement, le disciple n’est qu’un apprenti et que le
maître est le maître et sait… la situation n’était pas simple. Et l’on s’entend dire alors « c’est votre mental qui… ». Oui, bien sûr, il y a le mental, c’est bien le
problème ! S’il n’y avait pas le mental, hormis l’état de stupidité, le disciple ne serait peut être plus tout à fait disciple ! De toute façon, si l’on ne dispose pas d’une intuition
authentique qui remet tout dans la juste ligne de perception, ce sacré mental qui veut analyser, comparer, vérifier aussi, ne peut pas s’en sortir car il y aura toujours une sorte de jeu
insoluble sur le schéma de celui qui sait et celui qui ignore. Il n’y avait donc et il n’y a toujours que l’intelligence des arguments et la sobriété des manières qui,
personnellement, me convainquent et je commençais à ne pas toujours les trouver dans les argumentations et les procédés développées par l’Instructrice, comme je ne les trouvais
pas non plus dans l’emphase et ce que j’estimais, à tort ou à raison, un manque de rigueur mentale dans les œuvres de Mikhael Aïvanov …chez lequel nous étions tenus de nous rendre parfois pour
recevoir ses vibrations opérantes, lors de conférences interminables faites de constantes digressions et de symboles obscurs jamais réellement explicités, ceci malgré d’autres aspects de
lui que, peut être, je n’étais pas à même d’apprécier. Et l’on me disait alors « mais vous ne sentez pas ce qui émane de sa personne, ce rayonnement, ces floculations d’or,
etc. »…et non ! Pas vraiment, que voulez vous ! En revanche, les critères d’intelligence, de rigueur et de sobriété, je les trouvais pleinement à la lecture de Sri Aurobindo
sans parler de sa hauteur de vue, etc. C’est aussi ce qui entraine mon adhésion quand je lis les travaux inspirés de Natarajan.
Ici je me permets une confidence au sujet des perceptions que j’ai eues lors
de nos premiers contacts. Sans l’avoir encore vu, les premiers temps où je lisais Guérir par l’Eveil et les autres ouvrages que je m’étais procurés par l’intermédiaire d’E…, à travers ce que je
lisais j’ai eu le sentiment d’avoir à faire à une personnalité d’un rayonnement solaire et jupitérien d’une force et d’une envergure pas communes et que cela devait aussi se traduire dans le
physique. Le jour du premier rendez vous, j’ai été surpris de voir une personne au physique plus mince et, en apparence, plus frêle. En revanche, pendant quelques secondes, en m’approchant
de la table, j’ai ressenti une espèce de vibration de silence, une force de silence, si je puis traduire ainsi ma sensation d’alors, qui sans doute confirmait, tout en la voilant, la force
rayonnante perçue ou imaginée à distance. Je ferme cette parenthèse qui ne vise nullement à sacraliser où à flagorner. Je garde en fait toujours une certaine distance, au fond aimante et
respectueuse, par rapport aux êtres que j’apprécie et j’ai horreur de la familiarité de certains disciples qui veulent se mettre l’éclaireur dans la poche (comme si d’ailleurs c’était
possible !) de même qu’ils mettraient le Bon Dieu sur leur compte courant, s’ils le pouvaient !
Pour en revenir à ce que je relatais au début, j’ai donc, sans en faire une religion,
une certaine vénération pour ces grandes figures, Maîtres ou Instructeurs du passé, Pionniers du Réel, qu’ils soient mythiques ou pas, comme Melchisedek entre autres, car je reste persuadé que
les archétypes de l’âme ou des plans spirituels, ont autant de force agissante qu’une personne réelle si l’on adhère sincèrement à ce qu’ils représentent. Mais sans aucun doute le contact
authentique avec un être réalisé est une autre procédure ou plutôt une autre expérience pour le chercheur. J’ajouterai, sans aucune irrévérence, que bien sûr je n’ai jamais pu vérifier
toutes les affirmations qui étaient à la base de cette expérience à laquelle je fais allusion et pour cause. Mais pourquoi n’y aurait-il pas au moins une part de vrai dans tout
cela ! Bref la personne dont je parle disait reprendre une expérience millénaire, autrefois avortée sur le bord de la Méditerranée, mais cette fois sous de nouveaux
auspices afin ne pas reproduire l’échec ancien.
Un petit groupe de chercheurs, rassemblées selon des voies peut être
providentielles, à sa suite et sous sa férule, entama ainsi toute une ascèse synthétique (ou syncrétique, je n’ai jamais pu vraiment trancher) de plusieurs années qui, à tort ou à raison,
prétendait rassembler et unifier, en vue d’une expérience unique de transformation et de réalisation de soi, les voies ouvertes par la lignée christique avec d’une part Mikhaël
Aïvanov alors vivant, et que j’ai rencontré dans ses années là, mais avec le pathos duquel je n’ai pas accroché et le passage d’autres « maîtres » comme ce fameux maître
« V » qui, de belle apparence, dans sa tunique blanche avec, autour du cou, une grande croix cabalistique doublée d’une rose au revers, était venu nous dire que la réalisation
devait se faire en sept mois d’ascèse ou, au pire, en sept ans, et qu’après un travail particulier incluant un jeûne de quarante jours, nous devions être transformés au point même que, signes
extérieurs de transformation radicale, nos cheveux deviendraient blonds et nos yeux devaient virer au bleu. Passons sur ce zest d’aryanisme supposé… Le même maître avait d’ailleurs promis de se
matérialiser un jour devant notre groupe mais comme nous n’étions jamais « prêts » la promesse ne fut jamais réalisée … A cela s’ajoutait la tradition de Babajî et Yogananda, que
j’appréciais, même si certains faits rapportés par Evantz dans le livre consacré à cette tradition (Autobiographie d’un yogi) ne me paraissaient pas simples à admettre au premier degré. J’ai
pratiqué un certain temps le kriya yoga qui m’a positivement mis en résonance avec l’Inde que j’aime, malgré toutes les réserves qu’on peut faire sur les hauts blocages de sa religiosité.
Enfin le travail incluait justement aussi les découvertes de Sri Aurobindo et Mère tenus en grande estime.
Nous avons donc travaillé dans ce cadre dont je simplifie ici la description, avec
l’approfondissement des rêves conscients ou lucides, le nettoyage de l’inconscient associé à un type d’astrologie onomantique combinant valeur des lettres et symboles astrologiques, mise
au point par notre guide féminine (Sr F). Cette méthode de plongée consciente dans le sommeil a probablement éclairé et peut être harmonisé quelques territoires sombres au moins
psychologiquement. Mais il y en a tellement… ! Nous travaillions aussi avec les sons voyelles ou mantras sur des musiques perçues par les uns et les autres avec, à l’aube, des danses
inspirées de la paneurythmie de Mikhael Aïvanov, revue et corrigée par Sr F. En dehors de cela, une nourriture sobre, la chasteté comme il se devait (et toutes ses complications... !)
et, le samedi, des séances de 7 à 8 heures de clarifications, d’analyses de rêves, rectifications psychologiques, exercices, méditations, chants dévotionnels hindous, etc. Très bien tout
cela, mais… apparurent, au fur et à mesure du déroulement de cette vie en semi-communauté (Ah ! le groupe …les jalousies, les rivalités, les territoires, les dominations, les zones
d’influence… “Je suis plus ancien ou plus proche du Maitre que toi” etc… sergent, caporal-chef, caporal…), des difficultés et contradictions de tous ordres sur lesquelles je passe et
ceci jusqu’à la rupture. Avec femme et enfants, je quittais cette expérience et ce lieu méditerranéen devenus insupportables et rebroussai chemin.
Le groupe, je l’ai appris par la suite, a fini par se disloquer et la
« grande maîtresse » avec laquelle j’avais essayé un moment de clarifier épistolairement les choses après plusieurs années de silence, a du transiter vers l’au-delà, sans que j’aie pu
élucider entièrement son mystère ni celui de l’expérience éprouvée dont, après bilan, je tente, par mes modestes moyens de départager ce qu’il y avait de véridique et d’invraisemblable, (comme
par exemple, un jour, une soit disant tentative « d’enlèvement » de l’instructrice par une haute entité des plans supérieurs, qu’elle me parut simuler après avoir culbuté sur un
carrelage au cours d’un rituel hebdomadaire et d’autres simulacres de même ordre qui jetèrent en moi un doute profond sur l’authenticité de son entreprise en dépit de réels travaux sur le
corps, le psychisme, le symbolisme dynamique et d’autres choses positives. Il est difficile le travail de discrimination en soi et en dehors de soi et c’est encore moins facile, quand
on pense être en présence d’un être évolué qui vous dit ce que vous devez faire ou pas. Bien sûr on est au moins partiellement responsable puisqu’on a signé ! C’est aussi pourquoi depuis,
j’ai orienté mon esprit vers la recherche du silence et de la grande décantation, étape préliminaire de toute autre travail spirituel tenant la route. Le concours de Natarajan en ce sens, par
ses œuvres et les deux rencontres que j’ai eues avec lui a été décisif car je vois que des choses se mettent en place à plusieurs niveaux autant que je puisse le percevoir par moi-même. Pour en
finir avec ma narration, une fois le bilan fait, je ne considérais pas mon départ comme un échec malgré ce que j’ai dû endurer, l’angoisse de la rupture avec une forme de culpabilité liée
à ces années de travail en commun et l’argument « la justice divine », brandi ou suggéré par le capitaine comme un fouet en direction des lâcheurs. Il me restait la lumière de
Sri Aurobindo à laquelle je demeurai fidèle et de laquelle je ne pouvais douter.
Par la suite je fréquentai pendant quelques années un petit groupe de rosicruciens
avec lequel, loin des grandes organisations lourdes et ritualistes, nous recherchâmes les vrais de vrais Rose-Croix, alchimistes, guérisseurs et atemporels. Réexaminant les anciens textes,
faisant des recherches vers l’Allemagne, l’Angleterre, pour retrouver la tradition authentique dont certaines organisations actuelles se réclament tout en en étant, selon mes observations,
que des imitations frelatées. Mais l’authentique et originaire tradition, nous ne l’avons pas trouvée. Intérieurement, je restais fidèle à l’optique de Sri Aurobindo, le seul phare
qui ne m’a jamais déçu au long de toutes ces années de recherche. Je conservais ma préférence affinitaire pour ce pionnier que mes confrères, concentrés sur leur optique traditionaliste trop
« christique » à mon goût, ne percevaient pas dans son entière originalité. Cette prédilection pour la voie ouverte par lui et que j’aurais alors aimé faire intégrer dans nos
travaux, ne convainquait pas. Nécessité faisant, je pris donc de la distance avec ce groupe d’amis. Gardant mon enthousiasme au-dedans, je continuais à travailler seul avec les lectures du
Maître et justement les éclairages de Satprem qui m’a aussi beaucoup apporté.
Un jour, Internet (à cette structure je dois quand même la gratitude, malgré
les chemins de perdition qui y foisonnent, de m’avoir fait découvrir Natarajan dont je possédais déjà un ouvrage (Astrologie supramentale), mais que je n’avais pas apprécié alors
à sa juste valeur car j’avais à ce moment décroché de l’astrologie dont je ne retenais que la riche symbolique humaine et je dois dire, pour être sobre, qu’ à la suite de cette
rencontre, la voie (si l’on veut bien parler de voie, étant donnée l’ambigüité qui s’attache à ce terme) ouverte par Sri Aurobindo s’en est trouvée magnifiée, élargie et m’est apparue encore
plus familière, dans le meilleur sens du mot, et plus désirable, en même temps que sa difficulté était bien soulignée. De plus, maintenant, à la suite des autres ouvrages sur la
compréhension du réel et la méditation, Cosmophilosophie va loin dans l’analyse de la complexité humaine replacée dans le contexte du non-moi, si vaste, et donne des moyens clairs de
se comprendre en profondeur ainsi que de vrais outils de transformation. Le reste est une affaire de travail personnel, de véritable engagement dont la conscience sincère pointe tous les
jours la teneur, les fluctuations ou l’avancement.
Irmael, 03 mars 2008