J'étais debout sous le soleil de cette fin de journée, observant l'île tandis que nous avancions doucement dans sa direction, portés par la brise soufflant dans notre voile et
guidés par un énorme aviron. J'étais sous le coup d'un tel enchantement à regarder cette île que je ne remarquais pas la barque de teck et d'ébène qu'il nous fallait dépasser à l'entrée de
l'anse, là où l'embouchure était la plus étroite. Mais tout à coup, mon corps s'alluma de l'intérieur, et chaque cellule de mon être devint un luth de cordes joyeuses.
J'entendis la musique des sphères, je sentis l'attraction s'emparer de mon corps et mes yeux se tournèrent en direction du pont de la barque au bastingage d'ébène. Avant même que mes yeux ne la trouvent, mon cœur avait vogué vers elle sur des ailes d'adoration. La fille d'or était debout, appuyée contre le bastingage, une main levée pour abriter ses yeux des rayons obliques du soleil, l'autre touchant la rambarde. Elle se trouvait sur un tapis d'or ceinturé de cordes pourpres soutenues par des montants dorés. Elle était protégée par deux gardes vigilants, forts, silencieux et sûrs.
Nous glissions sans faire de bruit vers notre quai, notre péniche ne passant qu'à quelques centimètres de sa barque, et nous étions si près que nos deux mains auraient pu se toucher si nous avions tendu un peu trop le bras. Je pouvais voir les mèches de cheveux dorés très fins qui flottaient dans la douce brise comme des fils de la vierge et qui semblaient entourer sa tête d'un halo doré. Son corps svelte était enchâssé dans un fourreau égyptien d'un vert couleur de mer, si finement tissé qu'il semblait faire partie de sa chair.
Il était taillé de telle sorte qu'une épaule était à nu, et sur ses épaules flottait un léger voile de soie, porté comme un châle, qui recouvrait mais ne cachait pas la beauté de son cou et de ses épaules.
Sa peau était claire et si transparente qu'une lueur interne semblait en émaner à l'image du soleil dispensateur de vie se reflétant sur un succulent raisin. Son visage était mince mais énergique, son front était haut et formait un havre pour ses yeux vert jade bien espacés. Son nez était long mais joli, et il s'évasait en narines à fossettes. Ses lèvres de corail somptueuses traçaient une parfaite courbure ascendante qui donnait l'impression qu'un joie intérieure dessinait en permanence un sourire sur son visage.
Comme je la regardais, nos regards se croisèrent, et je plongeai au-delà du miroir de la surface couleur jade dans un océan de félicité plus profond que toutes les joies de ma vie entière. Chaque cellule de mon être semblait vouloir se presser dans mon regard, et s'efforçait de prendre racine dans cet ultime paradis céleste. Le frisson né de sa présence circula dans chacune de mes cellules comme l'eau pénétrant dans le sable du désert et le rendant fertile et fécond, lui communiquant l'aspiration à une vie nouvelle afin de faire monter l'éternité vers le soleil doré.
Ses lèvres s'épanouirent en un sourire de complète reconnaissance et sa main s'avança presque comme si elle voulait chercher à me toucher malgré la distance qui nous séparait. Je me penchait vers elle, car mon être l'adorait, et le sang de ma virilité se mit à circuler plus vite et à rugir de sa vigueur retrouvé dans mes oreilles. Je tentai de sourire mais n'y parvins point. J'essayais de parler mais j'en fus incapable. Toutefois, son sourire était radieux et elle parla, et sa voix parfaite, profonde et naturelle semblait portée par la brise comme le timbre pur d'une cloche. « Bienvenu à Khusna, Bien-aimé de Dieu ».
Je sentis la douce magie que sa voix opérait en moi. Je ressentis la pure joie que sa beauté provoquait en tout mon être - et pris conscience que sa présence était en train de faire de moi un homme dans le plein sens du terme. Même si je désirais de toutes mes forces parler, répondre, cela m'était impossible. Ma voix perdue était cachée dans l'un des nombreux palais de mon admiration pour elle. Mais mon être intérieur bondit à travers l'espace et embrassa ses lèvres de corail, et elle sembla en être ravie. Car son sourire devint encore plus large - animé d'une compréhension et d'une bienveillance pleines de tendresse.
Je projetai mon adoration à travers la lumière d'âme émanant de mes yeux tandis que commençait à s'accroître la distance nous séparant. Je me mis à me déplacer vers l'arrière le long du bastingage, demeurant aussi près que possible d'elle. Lorsque je butai enfin contre la rambarde de la poupe, je fus inévitablement retenu et peu à peu entraîné loin d'elle. Mon cœur était tendu à force de battre si fort et chaque cellule en moi était devenue un calice s'emplissant du divin spectacle de sa présence dorée.
J'entendis derrière moi les pas rapides de mes trois maîtres de sagesse, et ensuite la voix de Melchior qui exprimait ses salutations au nom des autres : « Mhérikhu, comme tu est merveilleusement belle ! Mon cœur chante son adoration devant toi. »
Eugène E.Whitworth
Extrait du livre : « Les neufs visage du christ. »
La citation remarquable de la semaine, tirée du Cours en miracles :
" Si tu savais qui marche à tes cotés sur le chemin que tu as choisis, la peur serait impossible".(T18-III-3)

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A bientot !
Christalain
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"La connaisance qui illumine ne te rend pas seulement libre, elle
te montre aussi clairement que tu es libre" . UCEM