Il fallait bien que ce jour arrive...celui de l'explication avec la bête, le face à face décisif. Alexandre ignorait où, quand et comment il affronterait le monstre inconnu. Inconnu dans son apparence certes, mais pas dans ses effets. Cette journée chaude et orageuse du 5
août semblait étrangement différente des précédentes, une intuition persistante le poussait à croire qu'un événement fort arriverait avant la soirée.
Depuis le début de l'après-midi, il marchait dans la ville désertée par l'exode estival. A chaque coin de rue, il redoutait l'assaut d'un monstre forcément hideux, avec d'immenses yeux rouges,
des tentacules peut-êtres ? tout était envisageable. Allait-il se battre à mains nues ? ou se sauver en courant ? il ignorait encore ses possibles réactions, replié sur ses
inquiétudes. La tête basse, il ne put éviter la collision contre un autre passant. Au moment ou il s'excusa, il reconnu son frère. Celui-ci répondit amusé mais pas étonné : « toujours
autant dans la lune ? ».
Comme ils ne s'étaient pas vus depuis un bon moment, ils se dirigèrent vers le café d'en face pour échanger quelques nouvelles autour d'un verre. En fait, Alexandre commanda une orange
givrée, pour oublier la chaleur pesante. Peu à peu, il se détendit, notamment grâce à son frère qui savait souvent le rassurer par ses arguments rationnels. Mais cette fois, de quel secours
pourrait-il être ? le duel prévu, par définition, ne concernait que lui.
Ses inquiétudes ressurgirent brutalement quand il remarqua le regard étrange et insistant de la serveuse, ses yeux très clairs ne semblaient pas réellement humains, mais ô combien séduisants.
Signe précurseur de l'attaque ? Alexandre scruta minutieusement son orange glacée en train de fondre, craignant d'y découvrir la bête, sous forme d'une larve, d'un insecte, ou d'un autre
spécimen non identifiable ! l'Aliene est capable de prendre toutes les formes, toutes les dimensions possibles pour
tromper notre vigilance. Heureusement, l'examen se révéla négatif.
Ses soupçons se reportèrent sur la serveuse aux airs diaboliques qui épiait tous ses faits et gestes. A raison, puisque celle-ci, comme ayant deviné ses pensées, plongea une main dans la poche
ventrale de son tablier blanc et en retira une grande enveloppe de papier kraft. Elle la tendit à Alexandre d'un air entendu. Machinalement, il tendit la main pour la
prendre.
Cette fois, c'était certain, il tenait entre ses mains tremblantes le fameux et redoutable Aliene, et seule une mince pellicule de papier le séparait de lui, une ridicule barrière de protection.
Il fallait sans doute agir rapidement, alors Alexandre se leva et serra la main de son frère :
« Je dois partir, ma mission va commencer ».
Celui-ci lui répondit aussitôt :
« Bonne chance Alex, et n'oublie pas que l'important n'est pas la victoire, mais l'intention de
vaincre, la volonté de regarder un problème en face, peu importe si il nous dépasse ».
Alexandre remercia d'un signe de la main en quittant l'établissement à la hâte. L'enveloppe serrée dans la main, il se précipita dans sa voiture et démarra en trombe pour rejoindre son domicile.
Instinctivement, il préférait se battre « sur ses terres ». Mais il affrontait aussi le chronomètre car à tout instant, une métamorphose de la bête pourrait s'opérer et rendre
plus difficile encore la lutte. Il monta quatre à quatre les escaliers conduisant à sa chambre.
Une fois la porte refermée, il ouvrit fébrilement l'enveloppe et en retira une feuille de celluloïd transparente qu'il jeta sur son lit. Puis approchant à nouveau, il distingua un petit point
noir au centre du rectangle de plastique. Aliene avait donc pris la forme d'un virus pour lancer une attaque par contamination, Alexandre ne s'y attendait pas du tout. Paniqué, il couru jusqu'au
placard de l'étage inférieur et s'empara de tout ce qui lui tombait sur la main : insecticide, détergeant, solvant, alcool à brûler. Autant de produits qu'il espérait, pour une fois, les
plus toxiques possibles !
Ainsi « armé », il remonta dans sa chambre et constata que le virus n'avait heureusement pas bougé. Il déversa sur lui, en abondance, tous les produits, l'un après l'autre. Mais
Alexandre réalisa avec horreur que cette attaque produisait l'effet inverse de celui escompté, comme s'il avait jeté, en fait, de l'huile sur le feu. La taille du virus grandit à vue d'œil,
comme stimulé dans sa croissance.
Affolé, Alexandre recula en laissant tomber l'aérosol qu'il tenait dans sa main : Aliene avait pris la forme d'une espèce de spermatozoïde géant, dépassant un centimètre de longueur, et
remuant sa queue de façon agressive. Dans une action désespérée, il saisit la feuille dégoulinante, puis couru à la fenêtre pour la jeter avec toutes les forces que donnent la
terreur.
Mais bien vite, il réalisa l'inefficacité et l'absurdité de son geste. Il s'élança donc dans les escaliers, se demandant comment rattraper tant d'erreurs consécutives qui profitait à la bête. Il
arriva dans la cour arrière et approcha de la feuille : celle-ci, posée à plat sur le gravier, avait perdue toute transparence, et ruisselait encore des nombreux produits pulvérisés en
vain.
Prenant son courage a deux main, sans penser à demain, il se pencha, et du bout des doigts, retourna le support plastifié. Il sursauta horrifié, une grosse araignée bondit de la feuille. La
transformation fatale s'était donc réalisée, et Aliene avait pris la forme de l'insecte le plus détesté par Alexandre. Quoi de plus hideux et repoussant qu'une araignée ? la stratégie de la
bête était loin d'être bête.
Dans un sursaut de rage, Alexandre voulut écraser l'ignoble insecte avec son pied, mais il manqua de célérité. Ainsi, l'araignée maléfique s'envola maladroitement pour se mettre hors d'atteinte.
Voilà, Aliene était de nouveau en liberté, Alexandre était prêt à en redouter le pire dans les prochaines années de sa vie.
Christalain « ancienne version ».
Extrait de « Le royaume de l'infini solitude » - 1990.
La citation remarquable de la semaine, tirée du Cours en miracles :
" Les épreuves ne sont que des leçons que tu as manqué d'apprendre et qui te sont présentées à nouveau, de sortes que là où tu avais fait le mauvais choix auparavant, tu peux maintenant en faire un meilleur, échappant de toute la douleur que t'avait apporté ce que tu as choisi auparavant . (T31-VIII-3)

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A bientot !
Christalain
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"La connaisance qui illumine ne te rend pas seulement libre, elle
te montre aussi clairement que tu es libre" . UCEM